Ontologie Relationnelle Radicale (ORR)
1. Point de départ
L’Ontologie Relationnelle Radicale (ORR) constitue le socle théorique de ma recherche artistique. Je suis entrée dans le champ ontologique à partir d’un questionnement plastique et écologique : comment penser le rapport entre l’humain et le vivant sans reconduire une séparation implicite entre les deux ? Les tensions contemporaines — extraction, marchandisation, protection, conservation — m’ont conduite à interroger non pas seulement les formes visibles du vivant, mais les régimes relationnels qui le structurent.
2. Postulat
L’ORR part d’un principe simple : Aucune entité — humaine, végétale, matérielle, technique — n’existe isolément. Toute forme est une configuration dynamique de relations. Ces relations peuvent être écologiques, historiques, économiques, techniques ou symboliques. Lorsqu’elles sont intensifiées, simplifiées ou interrompues, le statut même du vivant se transforme. Ce qui change, ce n’est pas seulement la matière. C’est l’architecture relationnelle qui la soutient.
3. Radicalité
Le terme “Radicale” ne renvoie pas à une posture idéologique, mais à un déplacement méthodologique. Il s’agit de penser à la racine (radix) des relations. Plutôt que d’opposer nature et culture, humain et non-humain, vivant et technique, l’ORR observe les zones de tension, d’interdépendance et de contraction où ces distinctions deviennent instables. L’ontologie n’est pas ici un système clos, mais un outil d’analyse des transformations contemporaines.
4. Traduction plastique
Dans ma pratique, cette ontologie se matérialise à travers des dispositifs d’encapsulation. La résine, matière synthétique issue de processus industriels mondialisés, agit comme un opérateur critique. Elle conserve tout en immobilisant. Elle protège tout en signalant l’irréversibilité. La résine devient le dernier arrêt du vivant. Les oeuvres ne représentent pas le vivant. Elles condensent des relations : circulations économiques, standardisation biologique, intensification agricole, suspension des cycles écologiques. Ce qui se fige n’est jamais seulement un fragment végétal. C’est une trajectoire.
5. Terrain d’expérimentation
Parallèlement à ma recherche artistique, j’ai développé un terrain socio-économique d’expérimentation avec Passionplants.fr autour du modèle de l’Écocroissance. Ce terrain me permet d’observer concrètement les régimes contemporains de production, de rareté et de valorisation du vivant. L’ORR ne se construit donc pas en surplomb théorique, mais dans un va-et-vient constant entre pratique, économie et dispositif plastique.
6. Hypothèse de travail
Le vivant ne peut être appréhendé comme entité autonome. Il doit être compris comme configuration relationnelle en transformation. Mes oeuvres rendent perceptible ce moment où ces relations se contractent, se fragmentent ou se reconfigurent. Elles n’apportent pas de solution. Elles exposent un état.